Ce qui vient de se passer

Fuite DGFiP : votre revenu en face de votre adresse

Fin juin, 678 438 fiches fiscales sont sorties de la Direction générale des finances publiques. Le public l’apprend le 13 août, au lendemain de leur mise en vente. Ces données ne servent pas à vider votre compte : elles servent à rendre un message crédible. Voici lesquels, et comment les reconnaître.

L’essentiel, en quatre points

  1. Un attaquant obtient les identifiants d’un agent habilité, passe par le VPN, et interroge les dossiers avec l’outil interne prévu pour ça. Aucune faille exotique : il est entré par la porte, avec les clés de quelqu’un d’autre.
  2. 678 438 lignes extraites, dont un peu moins de 393 000 concernent des particuliers. Chaque fiche contient le nom de naissance, la date et le lieu de naissance, l’adresse, la composition du foyer, le quotient familial, le revenu fiscal de référence et le taux de prélèvement à la source.
  3. Sept semaines séparent l’intrusion de l’information du public. Pendant sept semaines, les personnes concernées ont vécu avec leurs données dans la nature sans savoir qu’elles devaient se méfier.
  4. Quatre mois plus tôt, en février, la même administration perdait 1,2 million de fiches de FICOBA, le fichier des comptes bancaires, par le même type de vecteur.

Pourquoi le revenu change tout

Une base d’adresses sert à envoyer en masse, en espérant qu’une poignée de destinataires clique. Une base triée par revenu déclaré à l’euro près sert à choisir qui on va aller voir. Ce n’est pas la même arme.

Le fichier contient plus de 26 000 déclarations au-dessus de 100 000 euros et quelques centaines au-dessus du million, avec l’adresse en face. À l’autre bout, un quotient familial élevé désigne une famille nombreuse, un revenu faible une personne éligible aux aides. Dans les deux cas, le tri est déjà fait.

Ces données ne périment pas

Une adresse change, un revenu bouge, un mot de passe se remplace en trente secondes. Un nom de naissance et un lieu de naissance vous suivent jusqu’au bout. C’est la différence entre cette fuite et celle d’un mot de passe : il n’y a rien à changer.

Ce qui reste possible, et qui est le sujet de cette page, c’est de reconnaître les messages fabriqués avec. Ils vont arriver, et ils seront bons.

Comment savoir si je suis concerné

L’information individuelle des victimes est en cours, par les canaux officiels. C’est précisément ce qui donne aux faux messages une couverture parfaite : pendant que la vraie notification circule, la fausse passe pour elle.

Il n’existe aucun site qui vous dira « si vos données sont exposées » dans cette fuite. Ceux qui le proposent collectent vos informations, ou pire. En cas de doute, on ne clique pas : on va soi-même sur impots.gouv.fr, en tapant l’adresse, et on regarde sa messagerie sécurisée.

Les sept messages qui arrivent

Aucun ne vous demandera votre mot de passe. Ils vous demanderont d’agir vite, sur un canal qu’ils ont choisi. C’est le seul point commun, et c’est là-dessus qu’on les attrape.

  1. Le faux message de notificationUn courriel ou un SMS annonçant que vous êtes concerné par la fuite, avec un lien pour vérifier. Le plus immédiat, et le mieux couvert, puisque la vraie notification part en même temps.
  2. Le faux remboursementUn message qui cite votre revenu fiscal de référence exact et votre taux de prélèvement, et vous annonce un trop-perçu. Vous vérifiez sur votre avis, les chiffres correspondent, vous saisissez vos coordonnées bancaires.
  3. Le faux agent des finances publiquesAu téléphone, avec votre situation de famille, votre adresse et votre revenu. Régularisation urgente, erreur de calcul, contrôle en cours. Objectif : un virement immédiat, ou un code reçu par SMS.
  4. Le faux conseiller bancaireLa fraude la plus coûteuse en France, et la fuite lui donne ce qui lui manquait. Un interlocuteur qui connaît votre revenu déclaré et votre foyer passe le test de crédibilité en dix secondes.
  5. L’usurpation d’identité administrativeLe fichier contient exactement les champs demandés à l’ouverture d’un compte ou d’un crédit. Vous ne l’apprendrez qu’au moment d’un impayé, des mois plus tard.
  6. Le détournement de votre ligne mobileNom de naissance et lieu de naissance sont les réponses aux questions de sécurité de la plupart des opérateurs. Une ligne détournée, c’est la réception de vos codes à usage unique.
  7. Le croisement avec les fuites précédentesFree, SFR, Bouygues, l’ANTS, France Travail, les fédérations sportives. En agrégeant : identité, adresse, téléphone, e-mail, numéro de pièce, employeur, et maintenant le revenu. Le dossier est presque complet.

Une règle les désamorce tous les sept : ne jamais agir sur un contact entrant. Raccrochez, fermez le message, et rappelez vous-même le numéro qui figure sur votre avis d’imposition ou au dos de votre carte bancaire. Un vrai service ne vous en voudra jamais.

Ce que vous pouvez faire ce soir

Rien de tout ceci ne répare la fuite, et rien ne le pourra. Ces quatre gestes coupent en revanche la quasi-totalité de ce qu’on peut en faire contre vous. Comptez une demi-heure.

  1. Prévenez les gens autour de vous, surtout les parents âgésLe faux agent des impôts au téléphone marche sur ceux qui n’ont pas été prévenus. Un appel de votre part vaut toutes les protections techniques.
  2. Appelez votre opérateur et demandez le verrouillage du portageC’est ce qui empêche quelqu’un de récupérer votre numéro, donc vos codes par SMS, avec votre nom de naissance et votre lieu de naissance.
  3. Basculez vos comptes importants sur une application d’authentificationLe code par SMS repose sur la ligne mobile. Une application repose sur votre téléphone. Banque, boîte mail, impôts.
  4. Surveillez ce qui s’ouvre à votre nomVous pouvez exercer votre droit d’accès auprès de la Banque de France pour savoir si un crédit a été souscrit avec votre identité. C’est gratuit.

Si c’est déjà arrivé

Les fiches à suivre, dans l’ordre

Le reste du livre est ici, gratuitement

Cette fuite n’est pas un accident isolé, c’est le régime normal. J’ai écrit un livre pour que ça devienne gérable sans être spécialiste, et le site en donne tout le contenu : la feuille de route en 224 gestes, les fiches de réglage écran par écran, les outils. Sans compte, sans adresse e-mail à laisser, sans rien qui parte de votre appareil.

L’analyse complète

Cette page reprend les faits. Le dossier entier, sourcé, avec ce que révèle la chronologie des sept semaines, est sur mon blog.